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Petit historique de la psychologie
Au commencement était la perception
Science de la psyché, science de l’âme pour les Anciens, la psychologie est aujourd’hui presque impossible à circonscrire de manière exhaustive, tant elle s’est développée durant le siècle dernier selon une arborescence aux ramifications nombreuses. En tant que science, la psychologie est très jeune, (rappelons qu’en France la licence de psychologie existe depuis 1948 et le titre de psychologue depuis 1986), alors qu’en tant que connaissance de l’homme elle est aussi âgée que la philosophie. Durant cette époque elle découlait des grands systèmes métaphysiques.
La psychologie est devenue une discipline à part entière en se distinguant de la philosophie, dans le courant du XIXème siècle, depuis des dissensions théoriques concernant le concept de perception. Les théoriciens de l’époque se sont alors interrogés, dans de vifs débats et par ouvrages interposés, sur l’origine de la perception ; concept fondamental qui organise le rapport de l’homme au monde phénoménal et articule des notions telles que la sensation, la mémoire, l’intelligence, l’instinct, la volonté,… Comment expliquer la perception ? Le fait de percevoir, était-il le produit d’une causalité physique qui aurait une organisation de type mécanique ou bien devait-il être appréhendé en terme de conscience, selon un rapport du tout organisant les éléments ?
Ces divergences de point de vue ont produit, depuis le milieu du XIXème siècle, une fécondité de courants de pensée (gestaltthéoricien, phénoménologique, scientifique, clinique, psychanalytique), desquels ont découlés différentes théories et dispositifs thérapeutiques. Ces théories fondatrices, qui ont permis à la psychologie de ce définir un champ spécifique, autonome par rapport à la philosophie et à la science expérimentale, ont initiées à leur tour une multitude d’écoles, de mouvements et de méthodes.
Ainsi, si l’on peut définir la psychologie comme une science s’intéressant à la dimension psychologique de l’être humain, force nous est de constater qu’il existe en réalité aujourd’hui des pratiques psychologiques très différentes.
En fonction de son champ d’investigation, du type de population à laquelle elle s’adresse et de la théorie qui la sous-tend, chaque discipline psychologique trouve sa cohérence propre qui lui permet d’obtenir des résultats probants sinon significatifs.
LES COURANTS FONDATEURS
Les courants théoriques fondateurs de la psychologie, que nous exposons ici d’une façon très succincte, ne sont pas aussi séparés qu’ils pourraient le paraître. Différentes avancées théoriques et expérimentales se sont succédées et enrichies les unes des autres. Cet exposé nous permettra par la suite de mieux situer notre approche par rapport à l’idéologie qui la fonde.
Le courant de la GESTALTTHEORIE
(W. Wundt, F.Brentano, Husserl – Ecole de Graz)
Ce courant affirme le primat de la conscience dans l’étude des mécanismes psychologiques.
Deux tendances se sont affrontés (associationniste - élémentariste et gestaltthéoricienne) qui posaient la question de la spécificité et de l’autonomie du psychisme par rapport aux conditionnements psychophysiologiques. Ce courant s’est divisé en deux branches : une expérimentale (Wundt) et une phénoménologique (Brentano, Husserl).
L’activité structurante à l’œuvre dans la perception est ici nommée Gestalt (forme). Le fond est le produit d’associations cérébrales, qui associe des éléments divers en un tout unifié. La forme est le propre de l’activité du sujet, indépendante du fond neurophysiologique. Ce fond tient à la nature psychique de l’homme. C’est à partir de l’école de Graz qu’a été fondé la « psychologie de la forme ».
Les lois énoncées par ce courant, toujours d’actualité, ont servis de bases théoriques à de nombreux travaux, modèles et pratiques ultérieurs (Piaget, assimilation/accommodation ; K. Lewin, dynamique de groupe ; Perls, névrose ; Szondi, moi pontifex ; Lévi-Strauss, structure en éthologie ; Lacan, structure en psychologie ; Bateson, système ; Berne, transaction ; …).
Concepts principaux : forme, fond, unité, indivisibilité du psychisme.
Le courant de la PHENOMENOLOGIE
(F. Brentano - Husserl, Heidegger)
Ce courant affirme la prépondérance de la relation conscience/monde comme fondatrice de toute connaissance psychologique. Ce courant se distingue à la fois de traditions philosophiques qui envisagent la conscience comme isolée du monde et de courants scientifiques qui font de l’objet et du monde un univers de choses. Il s’est développé selon trois branches successives : philosophique (Husserl), psychologique (Brentano) et existentialiste (Heidegger).
Globalement, la phénoménologie définie le sujet et le monde comme se constituant mutuellement, dans une relation ouverte, dite intentionnelle. Pour la phénoménologie, la conscience humaine ne saurait être réduite à un objet comme les autres. Le savoir psychologique, proprement dit, ne s’établit que s’il abolit la conscience, l’intentionnalité et l’existence, il n’y a par conséquence de science que de l’objet, or l’homme ne saurait être réductible à un objet étant également sujet de son expérience.
Ce courant maintient une dialectique de l’objectif et du subjectif, de la science et de la philosophie.
Concepts principaux: intentionnalité, relation conscience/monde, présence, existence, temps, espace.
Le courant EXPERIMENTAL
(Fechner, Wundt – Pavlov, Watson)
Ce courant considère la psychologie comme une science qui se construit exclusivement sur la base d’observation et d’expérimentation. Son option méthodologique est que le psychisme doit être soumis à l’épreuve de faits établis objectivement afin de les vérifier, voire de les reproduire en laboratoire.
Il s’est développé selon deux branches : psychoréflexologie ou réflexe conditionné (Pavlov) et béhaviorisme ou comportemen-talisme (Watson).
Cette approche « physiologiste » de la psychologie et ses présupposés scientistes, notamment en réduisant des actes complexes à leurs comportements élémentaires et en laissant de coté la part subjective de l’être, ont permis à la psychologie de se revendiquer totalement comme une science.
Au fondement de la psychologie expérimentale et scientifique moderne, le courant expérimental refuse tout principe philosophique en psychologie.
Le courant néobéhavioriste qui le prolonge tentera partiellement de sortir de ce dualisme qui privilégie exclusivement le corps en niant toute conscience, vécu ou dimension symbolique, en réintroduisant une psychologie sur des bases expérimentales.
Concepts principaux: comportement, apprentissage, conditionnement, environnement, stimulus/réponse, acquis.
Le courant CLINICIEN
(Ribot, Charcot – Janet, Dumas)
Ce courant se réclame à la fois de la science et de la philosophie en cherchant à concilier les exigences de l’observation avec celle de la compréhension. Il met en œuvre une façon nouvelle d’analyse des faits psychiques, vus alors sous l’angle de la maladie mentale et de la vie affective.
C’est à partir des limites du béhaviorisme que s’est constitué ce courant, qui accorde la priorité à l’identité d’un sujet, à son vécu et son ressenti, sur les considérations théoriques. Son approche est plus pragmatique dans sa volonté affichée de soigner et de guérir.
De ce courant naît une nouvelle discipline, la psychopathologie, qui réintroduit la folie à travers la lecture de symptômes qui désormais ont un sens.
Concepts principaux : psychopathologie, forces psycholo-giques, expérience, normal, pathologie, compréhension (opposé à explication).
Le courant PSYCHANALYTIQUE
(Charcot, Freud, Breuer)
Ce courant fonde une nouvelle épistémologie qui a pour effet une véritable révolution des consciences. C’est une psychologie radicalement novatrice qui remet en question le savoir médical, psychologique et psychiatrique de l’époque. Ne se fondant directement ni sur la science ni sur la philosophie, elle met à jour l’importance des traumatismes de l’enfance dans la constitution symptomatologique de l’adulte et la fonction prépondérante de la sexualité dans la constitution de l’identité et de la personnalité.
Elle inaugure une approche radicalement novatrice en instaurant l’inconscient comme à l’origine de tous phénomènes psychologiques.
Ses apports théoriques et cliniques, même ceux de ses dissidents (Jung et Reich notamment), ont imprégnés progressivement la quasi-totalité des champs de la psychologie et de la psychopathologie, à tel point qu’on ne saurait aujourd’hui envisager une étude clinique sérieuse sans faire appel, de près ou de loin, à ses concepts.
Concepts principaux: inconscient, pulsion, instances, oedipe, symptôme, névrose, désir.
Chaque courant a développé des ramifications qui sont autant d’écoles, de méthodes et de pratiques qui ont progressivement investies toutes les strates de la société.
A travers ces différents courants, nous voyons bien qu’il n’existe pas une psychologie ayant un savoir en propre et partagé par tous, mais plutôt des psychologies dont chacune trouve sa propre cohérence selon le point de vue adopté initialement. Ainsi, aucune des pratiques découlant de ses théories ne peut se prévaloir d’une vision exhaustive.
Bien entendu, la psychologie a continué et continu encore aujourd’hui d’évoluer à travers ses différents acteurs.
Le courant Humaniste, une approche non-directive
Humanisme et pragmatisme
Dans l’approche clinique, le terme « humaniste » est plus particulièrement associé aux travaux de C. Rogers et A. Maslow. Dans la réalité ce terme regroupe une pluralité de méthodes qui se distinguent d’autres méthodes d’approche plus « pragmatique ».
La visée de l’approche humaniste concerne une réorganisation, dans les profondeurs du psychisme, des processus de pensée. Son action n’est pas immédiatement visible, à l’inverse d’une approche pragmatique qui elle vise le changement rapide de comportement.
Les techniques de l’approche humaniste se fondent sur l’interlocution et la production d’un discours livré aux associations d’idées ou images mentales. A l’inverse, l’approche pragmatique suit un canevas préétablit (de déconditionnement / reconditionnement) sensé garantir la disparition du symptôme.
L’approche humaniste ne propose aucune garantie de réussite car elle considère le symptôme comme une mise en sens que doit s’approprier la personne afin d’accéder à une meilleur connaissance d’elle-même. Dans cette approche, la disparition du symptôme n’est qu’un bénéfice parmi d’autres résultant d’une réappropriation de soi. A l’inverse, l’approche pragmatique n’a de priorité que la disparition du symptôme, sans s’occuper du sens ou de la fonction que celui-ci peut avoir dans l’économie psychique du sujet.
Une approche non directive
Le concept de « non-directivité » a été progressivement élaboré par C. Rogers, à partir des années 30. Par la suite, du fait de déformations possibles, il l’a remplacé par la notion « d’attitude centrée sur la personne ».
Cette approche a été développée consécutivement à son éloignement des concepts psychanalytiques, de son point de vue trop centrés sur les notions de conflits sexuels et d’interprétation. Elle n’est pas à proprement parler une théorie dans la mesure où il l’a conçue au fur et à mesure de sa pratique en consultation d’enfants et d’adolescents. Son élaboration théorique s’est constituée au fil de sa pratique.
La non directivité, par opposition à la directivité (qui n’est pas à confondre avec l’influence ou la non influence) implique la participation de la personne au processus thérapeutique.
Cette approche s’étaye avant tout sur l’attitude du thérapeute vis-à-vis de son client, qui le considère comme foncièrement digne de confiance, autonome et responsable. Elle met la personne en position d’acteur, dans la mesure où nous considérons que la personne « sait » ce qui la trouble et quels sont les conflits psychologiques qui sous-tendent ces troubles. Nous considérons qu’elle peut par elle-même accéder à cette connaissance, pour peu qu’elle soit aidée dans ce sens.
L’idée centrale est de considérer que la personne en thérapie non directive est maître de sa propre évolution, en générale ainsi que dans le décours de sa thérapie. Elle part du principe qu’une personne peut résoudre ses propres conflits dans la mesure où le thérapeute centre son écoute, non pas sur une théorie de la personne, mais véritablement sur son expérience et son vécu, dans lequel le thérapeute doit savoir s’immerger.
Ainsi l’attitude du thérapeute consiste, non pas à diriger la personne vers ce qui lui apparaît pertinent qu’elle découvre sur elle-même, mais à l’accompagner pas à pas dans son élaboration et ses prises de consciences successives, dans le but de l’aider à réorganiser, selon ses propres objectifs, sa personnalité.
Il se donne pour objectif de mobiliser les forces de changement à la faveur d’une attitude d’écoute particulière, radicalement différente de l’écoute neutre, flottante et interprétative du psychanalyste.
Une éthique de l'être humain
La mise en œuvre d’une telle pratique suppose le suivit de principes essentiels qui fondent la démarche du thérapeute humaniste.
Ainsi il considère que :
Tout être humain doué de sens et de raison a la capacité de ressentir
et de comprendre la source de ses souffrances et de son trouble.
Cette capacité globale de compréhension lui permet, s’il est aidé et soutenu dans sa démarche, de mobiliser les ressources nécessaires pour se réorganiser.
La capacité « d’auto organisation » ou « d’actualisation de sa spécificité » est
inhérente à la condition humaine et participe d’un dynamisme vital
par lequel tout être humain tend à actualiser son potentiel,
c'est-à-dire à pourvoir à ses besoins et aspirations essentielles.
Une écoute authentique
Le thérapeute non-directif développe une attitude véritablement centrée sur la personne, en se positionnant à la fois comme congruent, empathique et inconditionnellement acceptant vis-à-vis de la personne en thérapie.
L’écoute est dite empathique lorsque qu’elle s’effectue en percevant la problématique de la personne depuis son propre point de vue, de ce qu’elle vit, exprime et ressent au fur et à mesure de son expression.
Du fait de son acceptation inconditionnelle, le thérapeute ne s’autorise aucun jugement, ni aucune interprétation et met entre parenthèse son pouvoir d’influence ou de critique, c'est-à-dire n’approuve ou ne désapprouve ce qui est dit.
La dimension de congruence indique que le thérapeute doit être profondément en accord avec lui-même, c'est-à-dire conscient de ce qu’il ressent et des émotions que suscite chez lui la personne en thérapie.
Cette attitude lui permet d’accompagner la personne au plus proche de son élaboration dans une écoute compréhensive et chaleureuse, ayant pour objectif de restituer ce savoir à la personne le plus fidèlement possible.
Cette écoute particulière, centrée sur la personne et non sur le savoir du thérapeute, lui permet progressivement, à son rythme propre, de se re-trouver, de se re-prendre, de découvrir enfin, d’elle-même, la direction qui lui convient et donc d’effectuer les changements qu’elle jugera nécessaires afin d’actualiser sa personnalité et de réaliser pleinement son potentiel personnel.
On ne peut véritablement adhérer à cette approche que si l’on conçoit l’être humain et la personne qu’elle constitue comme une entité autonome, à la frontière de l’individuel et de l’universel.
La pratique, la théorie et la recherche précisent clairement que l'approche « centrée sur la personne » repose sur une confiance de base en celle-ci. C’est ainsi que nous considérons la personne en démarche thérapeutique comme détentrice des clés de son organisation actuelle et de son devenir.
Eric KRETZ - Psychologue Clinicien
Psychologie de la santé - au commencement
INTRODUCTION
La psychologie de la santé est une discipline récente qui s’est développée rapidement et officialisée aux Etats-Unis en 1985 (section 38 de l’American Psychological Association) et en Europe en 1986 sous l’égide d’un universitaire hollandais, Stan Maes, qui fonda l’European Health Psychology Society.
En France, c’est Henri Laborit puis Robert Dantzer qui empruntent des chemins très voisins. Aujourd’hui, Marilou Bruchon-Schweitzer dirige ce courant qui fait partie de la psychologie de la santé. Cette nouvelle discipline réunit les sciences biomédicales et les sciences du comportement humain.
LES FACTEURS FAVORISANTS
Trois facteurs ont favorisé le développement de cette discipline :
1. Actuellement, les causes principales de mortalité sont les maladies chroniques comme les affections cardiaques, les cancers, les affections vasculaires cérébrales et celles du système respiratoire. Les facteurs de risque liés à ces pathologies sont l’hypertension, le tabagisme, la nutrition, le stress, l’alcool. Ces facteurs de risque sont liés à leur tour à certains comportements...
La psychologie étant la science du comportement, les médecins se sont adressés aux psychologues pour aborder ensemble ces problématiques.
2. En second lieu, certains facteurs socio-économiques ont influencé le développement de la psychologie de la Santé. Un effort important s'effectue depuis 1970 pour réduire progressivement les dépenses de santé. Ce thème est encore tout à fait d'actualité : "prévenir vaut mieux que guérir". Il s’agit donc, dans cette perspective, de réduire ces facteurs de risque et d’agir sur les comportements associés à ces facteurs. Il est devenu nécessaire de faire appel aux psychologues pour faire la promotion de la santé et de la prévention.
3. Enfin, la psychologie fournit aujourd'hui une approche scientifique et des méthodes d’intervention efficaces qui permettent d’appliquer ses connaissances au domaine de la santé. La psychologie de la santé s’intéresse à trois domaines distincts :
a) celui des comportements qui peuvent avoir des conséquences physiologiques influençant la santé (p.ex. les situations de stress),
b) celui qui concerne la façon de vivre, des habitudes qui peuvent avoir des effets nocifs sur la santé (p.ex. tabagisme, l’abus d’alcool…),
c) celui qui concerne la façon de faire face à la maladie, ayant une influence sur la santé ultérieure.
PREMIERE DEFINITION
Des chercheurs issus des domaines variés de la psychologie ont entrepris l’étude systématique de patients atteints de diverses maladies, afin de mieux connaître la part jouée par les variables psychologiques dans l’étiologie de ces atteintes et aussi pour mieux comprendre l’évolution du processus pathogène (apparition, aggravation, récidive).
Pour Mattarazzo (1984), la psychologie de la santé est un ensemble des savoirs fondamentaux de la psychologie appliqués à la compréhension de la santé et de la maladie.
Plus précisément, cette discipline consiste en l’étude des facteurs et processus psychologiques jouant un rôle dans l’apparition des maladies et pouvant accélérer ou ralentir leur évolution.
Eva TAZOPOULOU - Docteur en Psychopathologie Clinique
Psychologie de la santé - les modèles fondateurs
MODELES EXPLICATIFS
La psychologie de la santé s’est construit en intégrant les trois modèles qui ont marqué le XXème siècle en rapport avec les maladies organiques : le modèle biomédical, le modèle épidémiologique et le modèle psychosomatique.
A. Le modèle biomédical
L’idée principale de cette approche est que la maladie est la conséquence d’agents pathogènes externes (traumatismes, virus, facteurs toxiques) et internes (déséquilibres biochimiques). Face à des modifications brutales du milieu extérieur ou intérieur, menaçant l’homéostasie de l’individu, l’organisme mobilise ses ressources pour affronter la menace ou s’épuise si la menace persiste.
Les premiers travaux qui ont envisagé de produire expérimentalement des modifications physiologiques dans un organisme vivant à partir de son fonctionnement psychique, sont ceux de Pavlov. Il découvre le conditionnement, interprètant celui-ci comme un modèle à partir duquel on parviendrait à comprendre l’ensemble des retentissements de la vie psychique sur l’organisme, qu’il soit animal ou humain. Il envisage ce mécanisme comme un produit de l’adaptation.
Selye (1956) poursuit la même démarche et définit le terme de « stress ». La notion de stress désigne selon Selye, la réaction « non spécifique » d’un organisme, en réponse aux stimuli provenant d’un environnement perturbant. En plaçant expérimentalement animaux et humains dans des contextes contraignants, Selye avait l’ambition d’expliquer comment cette situation de contrainte (de nature psychique) pouvait à elle seule, provoquer une altération de l’homéostasie corporelle et déclencher certaines maladies.
Dans ce contexte H. Selye (1956) a décrit le « syndrome général d’adaptation », selon trois phases :
1. phase d’alarme : modifications biologique lors de la première exposition au stress.
2. la phase de résistance : l’organisme lutte contre les facteurs de stress, ses mécanismes de défense sont sollicités.
3. la phase d’épuisement : l’organisme ne dispose plus des ressources énergétiques pour faire face à la situation stressante.
B. Le modèle épidémiologique
Cette méthode consiste à comparer des groupes malades et sains en recherchant tous les facteurs les différenciant (environnementaux, biographiques, psychosociaux…). Les approches épidémiologiques procèdent empiriquement. Elles ont eu plus de succès dans la mise en évidence de facteurs de risque environnementaux qu’avec des facteurs psychogènes. A force de rechercher des critères psychosociaux associés aux diverses maladies puis d’essayer de prédire les maladies à partir des indicateurs, on a aboutit d’une part, à des raisonnements circulaires et d’autre part, à des traits de personnalité disparates.
Des études faites suggèrent l’existence de véritables styles de personnalité « à risques ». il faut sortir des schémas linéaires (cause biologique, ou psychologique, ou sociale = effet pathogène) trop réducteurs, pour rendre compte de l’étiologie multifactorielle des diverses maladies.
C. Le modèle psychosomatique
Le mot « psychosomatique » vient du grec psukhê (âme) et sôma (corps). Il apparaît pour la première fois en 1818 (Heinroth, autrichien) pour designer les maladies où le facteur corporel modifie l’état psychique. La cohabitation corps / psychisme devient au XXème siècle une donnée scientifique incontournable.
L'EMPREINTE PSYCHIATRIQUE AMERICAINE
En cherchant les facteurs constitutifs du fonctionnement psychosomatique, Alexander (1950) et les tenants de l’école du Chicago contribuent à l’édification d’une théorie où la « structure » l’emporte sur « l’élément ».
Dans ce modèle, l’organisation somatique s’articule directement à l’organisation psychique, l’identification du dysfonctionnement de l’une éclairant automatiquement celui de l’autre. Alexander l'interprète en terme de « conflits psychiques ». Il répartit et décrit les « maladies psychosomatiques » en deux grandes catégories : celles qui expriment des tendances agressives refoulées du sujet (hypertension, migraine, diabète) et celles qui traduisent l’inhibition des tendances à la passivité. Les facteurs psychologiques ont une place prépondérante puisque associés à une « vulnérabilité organique innée ». Ils autorisent, par l’agacement spécifique de leur problématique, le déclenchement d’une pathologie devenue de ce fait essentiellement psychosomatique.
Pour Spitz, ses propositions théoriques, classiquement freudiennes, font une part essentielle aux perturbations relationnelles précoces, insistant sur le dysfonctionnement narcissique qu’elles engendrent chez l’enfant.
En 1972, Sifneos, médecin à Boston, propose le terme « d’alexithymie ». Cette notion regroupe les principales caractéristiques du fonctionnement psychique des malades psychosomatiques.
Ce terme traduit la véritable incapacité du patient « d’associer des images visuelles, des fantasmes, des pensées à un état émotionnel spécifique » ou « de nommer leurs sentiments et de les utiliser ».
Sifneos se situe dans le droit-fil d’Alexander. La disposition alexithymique (de nature psychique) apparaît comme un facteur jouant un rôle essentiel dans l’apparition des désordres somatiques.
L'EMPREINTE PSYCHANALYTIQUE FRANCAISE
Pierre Marty et l’école de Paris.
En 1975, Marty P., créer et structure l’hôpital de jour de la psychosomatique. Dans son approche, il s’interdit de donner à la maladie la moindre portée signifiante. Ce qui est déterminant pour lui, c’est la mise au jour de la structure psychique du patient. Sans information sur cette structure il ne convient pas de procéder à une investigation médicale, au sens classique du terme.
Il met à jour la notion de « pensée opératoire », premier aspect d’une vie intérieure opératoire, qui est le reflet d’un fonctionnement mental défaillant. Le second aspect est la « dépression essentielle » qui exprime autrement la même idée, dans la mesure où ce symptôme traduit « l’abaissement de tonus des Instincts de Vie au niveau des fonctions mentales ».
Au sein de même de l'école de paris on constate la présence d’un courant parallèle qui, en adhérant aux thèses de Marty, s'intéresse essentiellement les enfants.
Léon Kreisler et Michel Fain décrivent des dispositions analogues à celles de l’adulte. « A partir de la défaillance d’investissement narcissique du Moi et de l’image du corps d’une part, d’une inélaboration des mécanismes mentaux de défense (mauvaise mentalisation) vis-à-vis de l’objet frustrant, de l’autre, un trouble somatique apparaît ».
Comment expliquer le processus psychosomatique ?
Le modèle explicatif est celui d’une coupure du sujet avec son inconscient, le privant de toute liberté fantasmatique. Ses fonctions mentales, chargées normalement de réguler les affects et les émois, ne peuvent pas remplir leur fonction d’élaboration. La « voie somatique » étant libre, les affects l’empruntent sans avoir été soumis à des contraintes représentationnelles préalables.
« Le soma » apparaît dans cette définition comme la cible des phénomènes pathologiques que « la psyché » n’est pas en mesure d’endiguer.
LES STRATEGIES D'AJUSTEMENT
La psychologie de la santé intègre donc les apports principaux de ces modèles explicatifs tout en proposant des modèles à la fois multifactoriels et interactionnistes.
Cette discipline reconnaît le rôle des déterminants classiques de la maladie d'une part, qu’elle considère comme « antécédents » (caractéristiques biologiques, sociales, biographiques) et ceux qu'elle considère comme « déclencheurs » (événements de vie) d’autre part.
Un même agent stresseur n’a pas le même impact sur différents individus. Ainsi le stress n’est plus considéré aujourd’hui ni comme un simple déclencheur d’états émotionnels et physiologiques particuliers, ni comme une réaction de détresse induite. C’est une véritable transaction entre la personne et l’environnement dans laquelle la situation est évaluée par l’individu comme débordant ses ressources et menaçant son bien-être (Lazarus et Folkman, 1984).
Ce qui est nouveau dans les modèles proposés, est la prise en compte de l’activité des individus qui, loin de subir passivement certains déterminismes (biologiques, psychologiques, sociaux) adoptent vis-à-vis des situations stressantes certaines stratégies :
- perceptives - cognitives,
- affectives,
- psychosociales
- comportementales,
pour « faire face ».
Il existe donc différentes stratégies mises en place par les individus face à des situations stressantes et qui permettent ou non l’ajustement à de telles situations. Confronté à la maladie, l’individu, pour combattre ce vécu psychique pénible, usera de mécanismes d’adaptation à son état : ce sont les « stratégies de coping » ou « stratégie d'ajustement».
Le mot « coping » est, en anglais, le participe présent du verbe « to cope », qui signifie « faire face ». Nous parlons du coping pour designer la façon de s’ajuster aux diverses situations rencontrées. Elaboré par Lazarus et Laurier en 1978, le concept de coping désigne l’ensemble des processus qu'un individu interpose entre lui et l’événement perçu comme menaçant, pour maîtriser, tolérer ou diminuer l’impact de celui-ci sur son bien-être physique et psychologique.
Ainsi, selon Lazarus et Folkman (1984) le coping est défini comme « l’ensemble des efforts cognitifs et comportementaux destinés à maîtriser, réduire ou tolérer les exigences internes et externes qui menacent ou dépassent les ressources d’un individu ».
Ce riposte nommé « coping strategy » par les anglo-saxons est connu dans la littérature scientifique française sous le terme « stratégies d’ajustement » (Dantzer, 1989).
Une prédisposition à certaines caractéristiques personnelles sont prises en compte (Moos, 1974). Le coping est spécifique à la personne. Confiance en soi, estime de soi, sentiment d’efficacité personnelle, névrotisme, sont des caractéristiques qui vont favoriser ou pas un coping actif. Les difficultés à faire face sont aussi liées à la structuration de la personnalité comme l’anxiété, la dépression ou les troubles phobiques.
Aussi, le choix des stratégies de coping est dépendant des variables environnementales comme :
• la nature du danger, sa durée, sa fréquence
Ainsi les stratégies centrées sur le problème à résoudre sont davantage utilisées si la situation est susceptible de changer, tandis que des stratégies centrées sur l'émotion le sont si la situation ne peut pas être modifiée ou contrôlable.
• le soutien social, qui désigne la disponibilité de l’entourage familial, amical et professionnel
Un niveau bas de soutien social dans la vie de l’individu est un facteur de vulnérabilité au stress, alors qu'un niveau élevé de soutien social augmentant la contrôlabilité perçue, émousse les effets du stress et rendrait l’individu davantage à même faire face. (Spacopanet Oscampt, 1988).
Tous ces facteurs ont un impact sur l’évaluation que l’individu fait de ses capacités de contrôle, ce qui est déterminant pour le choix des stratégies d’ajustement. C’est pour cette raison que le coping est un processus changeant, momentané, et qu'il est difficile de l’envisager comme une disposition stable de la personnalité.
LES DIFFERENTES FORMES DE COPING
La taxonomie la plus classique proposée par Lazarus distingue :
• le coping centré sur le problème : ensemble des efforts entrepris pour affronter la situation.
• le coping centré sur l'émotion : ensemble des tentatives effectuées pour contrôler la tension émotionnelle induite par la situation.
D’après de nombreuses études réalisées, les divers modes de coping se regroupent autour de des axes suivants :
• Les stratégies cognitivo-comportementales visant à gérer la situation stressante elle-même ou à modifier son sens : ce sont les stratégies centrées sur le problème ( coping actif ). Le sujet s’oriente vers la tache, la situation stressante, sur laquelle il agit directement. Plus particulièrement, il s’agit de : la recherche d’informations, l’organisation de l’action, la résolution du problème, l’inhibition de l’action.
• Les stratégies cognitivo-comportementales ayant pour fonction la régulation émotionnelle : ce sont les stratégies centrées sur l'émotion ( coping passif ).
Elles sont centrées sur le sujet lui-même qui tente de contenir les débordements émotionnels et de conserver un équilibre psychoaffectif acceptable. Ces stratégies sont : la réévaluation positive, l’évitement ou le retrait, l’auto-accusation, la réduction de la tension, la vigilance face au stress, la quête significative, la distraction imaginative ou l'évasion.
• La recherche de soutien social impliquant le fait de solliciter et d’obtenir l’aide d’autrui. Il s’agit bien dans ce cas d’une stratégie de coping élaborée par le sujet (Greenglass, 1993) et non une caractéristique du contexte social (Rascle, 1994). La recherche du soutien social est une forme de coping centré sur le problème et sur l'émotion. Lorsque le patient cherche des conseils, des informations, la stratégie est centrée sur le problème ; lorsqu'il recherche un soutien, l’objectif est la régulation émotionnelle.
En conclusion il apparaît que les stratégies d’ajustement, centrées sur le problème ou sur la gestion émotionnelle, sont spécifiques à la personne et dépendent de sa qualité structurelle, de son environnement générale, de la qualité de l’agent stresseur et du moment dans la vie du sujet de cette rencontre.
Eva TAZOPOULOU - Docteur en Psychopathologie Clinique